La répartition des charges entre propriétaire et locataire constitue une source fréquente de litiges dans les logements en copropriété. Un locataire peut légalement refuser de payer les charges dites « non récupérables », notamment les dépenses de gros travaux, d’amélioration, d’administration générale de l’immeuble et les frais de conservation de la propriété qui incombent exclusivement au propriétaire bailleur. Seules les charges récupérables, strictement définies par le décret n°87-713 du 26 août 1987, peuvent être facturées au locataire. Comprendre cette distinction permet d’éviter de payer des sommes indues et de faire valoir ses droits en tant que locataire.
Les charges récupérables : ce que le locataire doit obligatoirement payer
Le cadre légal établit une liste précise des charges que le propriétaire peut récupérer auprès de son locataire. Ces charges correspondent aux dépenses d’entretien courant et de services rendus liés à l’usage du logement et des parties communes de l’immeuble.
Les principales catégories de charges récupérables
Le décret de 1987 répartit les charges récupérables en plusieurs catégories distinctes. Les dépenses d’entretien courant des espaces verts comprennent l’arrosage, la tonte des pelouses, le remplacement des fleurs et arbustes, ainsi que le nettoyage des allées. Pour les équipements collectifs, le locataire prend en charge les frais d’électricité, d’entretien et de petites réparations des ascenseurs, du système d’interphonie et de l’éclairage des communs.
Les charges liées à l’hygiène et à la propreté incluent le nettoyage des parties communes, la fourniture de produits d’entretien, la désinfection et la dératisation. Concernant le chauffage collectif, le locataire contribue aux frais d’exploitation, de maintenance courante et de consommation d’énergie, sans toutefois participer aux dépenses de remplacement des équipements vétustes.
Les services dont le coût peut être répercuté
- Le gardiennage et la conciergerie : salaire du gardien, charges sociales et avantages en nature
- La gestion des ordures ménagères : taxe d’enlèvement et location de conteneurs
- L’eau froide et chaude collective : consommation et entretien des équipements de distribution
- Les honoraires de gestion locative : limités à un plafond légal
Les charges non récupérables : ce que le locataire peut refuser
Certaines dépenses relèvent exclusivement de la responsabilité du propriétaire et ne peuvent en aucun cas être répercutées sur le locataire. La distinction repose sur la nature de la dépense : conservation du patrimoine versus simple usage du bien.

Les gros travaux et améliorations
Tous les travaux de gros œuvre et de rénovation importante restent à la charge exclusive du propriétaire. Cela comprend le ravalement de façade, la réfection de la toiture, le remplacement de la chaudière collective, la mise aux normes des installations électriques communes ou encore les travaux d’isolation thermique. Ces dépenses visent à améliorer ou conserver le bien immobilier, ce qui bénéficie directement au patrimoine du propriétaire.
Les travaux d’amélioration du confort ou de mise en conformité suivent le même principe : installation d’un ascenseur, création d’un parking, rénovation du hall d’entrée ou modernisation du système de chauffage. Un locataire confronté à une demande de participation à ces travaux peut légitimement la refuser.
Les frais administratifs et de gestion de copropriété
Les honoraires du syndic de copropriété constituent une charge non récupérable. Ces frais couvrent la gestion administrative de l’immeuble, l’organisation des assemblées générales, la tenue de la comptabilité de la copropriété et les démarches juridiques éventuelles. Le propriétaire ne peut pas demander au locataire de contribuer à ces dépenses qui relèvent de la gestion de son bien.
De même, les frais d’assurance de l’immeuble, les provisions pour travaux votées en assemblée générale et les charges exceptionnelles ne peuvent être facturées au locataire. L’assurance multirisque immeuble protège le patrimoine du propriétaire et constitue donc une charge lui incombant personnellement.
| Type de charge | Récupérable sur le locataire | Exemples |
| Entretien courant | OUI | Nettoyage des parties communes, entretien des espaces verts |
| Gros travaux | NON | Ravalement, réfection toiture, remplacement chaudière |
| Consommations | OUI | Eau, chauffage collectif, électricité des communs |
| Administration | NON | Honoraires syndic, frais d’assemblée générale |
| Services | OUI | Gardiennage, enlèvement ordures ménagères |
| Assurances | NON | Assurance de l’immeuble, responsabilité civile copropriété |
Comment vérifier et contester des charges abusives
Face à une régularisation de charges qui semble excessive, le locataire dispose de plusieurs moyens pour vérifier la légalité des sommes réclamées et, le cas échéant, contester les montants indus.
Le droit à l’information et à la justification
Le locataire bénéficie d’un droit d’accès aux justificatifs des charges pendant six mois à compter de l’envoi de la régularisation. Il peut demander à consulter l’ensemble des pièces justificatives : factures des fournisseurs, décompte de charges du syndic, procès-verbaux d’assemblée générale et relevés de consommation. Cette consultation se fait généralement au domicile du propriétaire ou à l’agence de gestion.
L’examen de ces documents permet de vérifier la nature exacte de chaque poste de dépense. Un montant inhabituel pour l’entretien des espaces verts peut révéler l’inclusion de travaux de réaménagement paysager, non récupérables. Une augmentation significative des frais d’ascenseur peut masquer un remplacement d’équipement plutôt qu’un simple entretien.
Les démarches de contestation
Selon l’Agence nationale pour l’information sur le logement, près d’un tiers des litiges locatifs concernent les charges, et dans la majorité des cas, les locataires obtiennent gain de cause lorsqu’ils peuvent prouver le caractère non récupérable des sommes exigées.
La première étape consiste à adresser un courrier recommandé avec accusé de réception au propriétaire ou à l’agence de gestion. Ce courrier doit détailler précisément les charges contestées, expliquer pourquoi elles ne sont pas récupérables en citant les textes de loi, et demander un remboursement ou une correction du décompte. Il est recommandé de joindre des copies des articles du décret de 1987 concernés.
Si le propriétaire refuse ou ne répond pas dans un délai raisonnable, le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation. Cette instance gratuite examine le litige et tente de trouver un accord amiable entre les parties. En dernier recours, une action devant le tribunal judiciaire permet d’obtenir une décision de justice contraignante.
Les spécificités selon le type de bail et de logement
Les règles de répartition des charges peuvent varier légèrement selon la nature du contrat de location et les caractéristiques du logement loué.
Location vide et location meublée
Pour une location vide classique, le décret de 1987 s’applique strictement. Le propriétaire ne peut récupérer que les charges listées exhaustivement dans ce texte. Toute charge ne figurant pas explicitement dans cette liste reste à sa charge exclusive.
En location meublée, les mêmes principes s’appliquent concernant les charges de copropriété. Cependant, la loi ALUR a aligné le régime des locations meublées sur celui des locations vides pour éviter les abus. Un propriétaire ne peut donc pas imposer davantage de charges sous prétexte que le logement est meublé.
Cas particuliers des résidences avec services
Dans les résidences étudiantes ou seniors avec services, certaines prestations supplémentaires peuvent être proposées : salle de sport, espace de coworking, petit-déjeuner ou animations. Ces services font généralement l’objet d’une facturation séparée et spécifique, distincte des charges de copropriété classiques. Le locataire doit pouvoir identifier clairement ce qui relève des charges récupérables légales et ce qui constitue une prestation optionnelle.
La régularisation annuelle des charges : points de vigilance
Chaque année, le propriétaire procède à une régularisation comparant les provisions versées mensuellement par le locataire avec les dépenses réelles engagées. Cette opération nécessite une attention particulière pour éviter les erreurs ou tentatives d’inclure des charges non récupérables.
Les délais légaux à respecter
Le propriétaire dispose d’un délai d’un an maximum après la réception du décompte du syndic pour transmettre la régularisation au locataire. Passé ce délai, il perd son droit de réclamer un complément de charges, même si les provisions versées étaient insuffisantes. Cette règle protège le locataire contre des régularisations tardives portant sur des périodes anciennes.
De son côté, le locataire bénéficie d’un délai de prescription de trois ans pour contester une régularisation et demander le remboursement de charges indûment payées. Il peut donc agir rétroactivement sur les trois dernières années si des charges non récupérables lui ont été facturées.
Les pièges à éviter dans les décomptes
- Les charges mixtes mal ventilées : certains postes mélangent entretien courant et travaux exceptionnels
- Les clés de répartition inadaptées : charges calculées sur de mauvais tantièmes ou surfaces
- Les provisions pour travaux futurs : ces sommes ne peuvent jamais être récupérées auprès du locataire
Les organismes de défense des locataires constatent régulièrement que les erreurs dans les décomptes de charges profitent systématiquement au propriétaire, d’où l’importance d’une vérification minutieuse de chaque ligne du décompte annuel.
Préserver ses droits tout en maintenant de bonnes relations
Contester des charges ne signifie pas nécessairement entrer en conflit avec son propriétaire. Une approche constructive permet souvent de résoudre les différends sans détériorer la relation locative.
Avant toute démarche contentieuse, un dialogue direct et documenté peut suffire à corriger une erreur de bonne foi. De nombreux propriétaires ne maîtrisent pas parfaitement la législation sur les charges et peuvent facturer des montants non récupérables par méconnaissance plutôt que par volonté délibérée d’abuser. Présenter calmement les textes de référence et expliquer la distinction entre charges récupérables et non récupérables aboutit fréquemment à un arrangement amiable.
Pour les situations plus complexes, faire appel à une association de défense des locataires ou à un médiateur peut faciliter la résolution du litige. Ces intervenants neutres disposent de l’expertise juridique nécessaire et du recul permettant de trouver des solutions équitables sans passer par la voie judiciaire, coûteuse et chronophage pour les deux parties.
La connaissance précise de la répartition légale des charges constitue un atout majeur pour tout locataire en copropriété. En distinguant clairement ce qui relève de l’entretien courant et des services dont il bénéficie directement, de ce qui concerne la conservation et l’amélioration du patrimoine du propriétaire, il devient possible de refuser sereinement les charges indues. Cette vigilance, associée à une vérification régulière des décomptes et à la conservation de tous les justificatifs, permet de préserver son budget locatif tout en respectant ses obligations contractuelles. Face à des charges contestables, les démarches amiables doivent toujours être privilégiées, la voie contentieuse ne devenant nécessaire qu’en dernier recours face à un propriétaire de mauvaise foi.